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Comment je suis passée de la méfiance à la confiance en mon corps.

De lecture en discussion, de rencontre en découverte, force est de constater que l’on ne nous fait pas confiance et que nous ne nous faisons pas (assez) confiance.  J’aimerais rester dans les sphères de l’accouchement et du maternage, celles qui occupent mon quotidien depuis presque 3 ans maintenant, et sûrement encore pour longtemps 😉 Je vais même, dans ce billet, n’aborder presque que la question de l’accouchement… je me relis et c’est déjà bien assez long comme ça 😉

La maternité m’a amenée à avoir une vision beaucoup plus intérieure, plus physique, plus dans le senti des choses, des événements, de la vie en général.

Porter la vie, mettre au monde un enfant, alimenter mon bébé de mon lait, tout ceci m’a amenée dans un territoire parfaitement inconnu (ou presque) jusque-là pour moi : mon corps. Et je dirais même plus : mon corps dans toute sa perfection, dans toute sa splendeur ! Parce que, oui, mon corps est devenu mon meilleur ami, mon meilleur allié.

Pour être passée pas 9 années de boulimie, je pensais connaître mon corps, d’ailleurs, je le connaissais tellement bien que je m’en méfiais, il n’était (et ne serait jamais) comme je le voulais, comme je le fantasmais ; mais bon, il fallait bien que je fasse avec. Je m’étais, en quelque sorte, résolue à, au moins, le respecter, à arrêter de lui faire du mal (et donc de ME faire du mal). Mais, de là à le considérer, à l’admirer, fallait pas exagérer !

Puis, je suis tombée enceinte, une belle grossesse, non sans quelques passages inquiétants (des gros saignements en début de grossesse et une fin de grossesse avec un bébé en siège, j’en parle ici), mais, j’ai aimé ça porter la vie en moi.

L’accouchement a été un tournant décisif dans ma vie : c’est ce jour-là que j’ai dû « capituler », « enterrer la hache de guerre », l’allaitement n’est venu, par la suite,  que confirmer ceci : mon corps est mon meilleur ami, il sait faire tellement de choses magnifiques et qui marchent que Moi (Aurélie, la fille intelligente  à l’ego démesuré, qui a fait des études, a le sens de l’humour, réfléchit, explique, rationnalise, analyse, etc.) ne sait absolument pas faire !! Et oui, s’il avait fallut que j’accouche avec toutes mes connaissances apprises (et je suis accompagnante à la naissance) et bien, ça aurait été un fiasco, le plus bel échec de ma vie sûrement. Heureusement, mon corps a été assez fort, a su s’affirmer et se frayer le chemin en Moi pour faire son travail et le faire tellement bien que je n’en reviens encore tout simplement pas 23 mois plus tard ! D’ailleurs, pendant mon « travail », le moment où mon mental a repris le dessus, j’ai arrêté de dilater… C’est simple j’vous dis, ça aurait été un fiasco cet accouchement si j’avais laissé ma tête contrôler.

Je pense que je partais quand même avec un bon point (pour cela, merci maman !) : je n’avais pas peur d’accoucher. J’avais vu, comme vous sûrement, des scènes de films (d’horreur) où la femme qui accouche a quasiment l’air de frôler la mort, la fièvre, elle sue à grosses gouttes et hurle… Mais, au fond de moi, revenaient toujours les paroles de ma mère concernant ses 3 accouchements (naturels, je suis d’ailleurs née en postérieur avec 2 tours de cordons) : « Mais, ça ne fait pas mal d’accoucher, ce n’est pas vrai. D’ailleurs, disait-elle souvent, à mon époque on parlait du mal joli en parlant des douleurs de l’accouchement ».

Donc, je n’appréhendais pas cette douleur de l’accouchement comme d’autres, ça, j’ai conscience que ça m’a aidée ! Mais quand même, mon mental hyperactif en a pris un coup ce jour-là, il n’a pu que constater (rétrospectivement, bien sûr) qu’il n’avait pas sa place dans une salle d’accouchement !

J’aurais pu refuser de laisser faire mon corps, vous me direz, oui, j’aurais pu. Mais, lorsque LA contration est arrivée (vous savez, celle dont on vous dit « tu verras, tu sauras quand ce sera le moment !!), j’ai paniqué.

J’ai bondi hors de mon lit, je me suis retrouvée dans ma chambre, hébétée, perdue, me demandant ce qui m’arrivait, ce que je devais faire, etc. et Oh mon Dieu que j’avais mal !!! Mais là, vu que je ne savais pas quoi faire, je me suis dit « ma vieille, tu ne sais pas quoi faire parce qu’il n’y a qu’à laisser faire ; ton corps connaît son travail, toi, le tien c’est de le laisser le faire. » Un peu comme s’il y avait Aurélie et, à côté, son corps… bon, et bien, je ne vous raconterai pas mon accouchement, mais, vraiment, je peux vous assurer que toutes mes cellules ont fait leur travail avec merveille, et sans que j’intervienne !!

Comme je le disais plus haut, l’allaitement est venu confirmer ce que je commençais à penser : mon corps est savant, il m’enrichit de toutes ses ressources que moi, avec mon cerveau intelligent, je n’ai pas ! Imaginez-vous que j’ai nourri mon bébé pendant 6 mois, 6 mois pendant lesquels ma fille n’a eu besoin d’aucune autre forme de nourriture, non mais, c’est MA-LA-DE :  mon corps a fait ça, je n’en reviens encore toujours pas ! Et je vous passe tous les autres bienfaits de l’allaitement, ce billet serait bien trop long.

Bref, les filles, votre corps est une merveille, comme vous il n’est pas parfait, mais, si on a bien un allié, c’est bien lui. Alors, redonnons-lui la place qu’il mérite, chouchoutons-le, écoutons-le et, surtout, quand on accouche : laissons-le faire !

 

PS: j’ai bien conscience que nous vivons toutes nos accouchements très différemment, tout comme notre relation à notre corps est propre à chacune.. je suis curieuse de vous lire à ce sujet !

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Mal de l’accouchement ou peur de la naissance?

cigogne-naissanceVaste sujet, n’est-ce pas. J’ai néanmoins envie de jaser de ce qui me tient à cœur en tant qu’accompagnante à la naissance.

Quand j’entends une maman enceinte qui a peur d’accoucher, qui redoute l’accouchement, ou encore qui ne veut pas accoucher, j’ai envie de lui suggérer de ne pas séparer « accouchement » de « naissance »; sa naissance à elle en tant que mère de cet enfant (qu’il soit le premier ou non) et la naissance, évidemment, de l’enfant. Il me semble que si l’on considère l’événement accouchement à la lumière de « la naissance », toute une dimension, souvent trop occultée, est à considérer.

L’idée n’est pas de nier que le travail peut être intense, mais bien d’insister sur ce qu’il se passe également du côté de la naissance (ce qui, et de loin, a un impact beaucoup plus large dans une vie de femme).

Pendant qu’elle accouche, une femme a besoin d’être entourée d’amour et de silence. Dans ce passage si fort de sa vie, le plus grand d’après moi, l’aspect physique a, certes, de l’importance, mais son pendant psychologique (la naissance comme début de quelque chose) ne doit être passé sous silence et, en aucun cas, ne peut être anesthésié par une épidurale.

Ce qui peut faire peur (et donc mal) à la femme qui est en train de laisser passer son bébé en elle, c’est toute la nouvelle réalité de sa vie, encore inconnue, mais qui est à deux doigts de changer à jamais:
C’est toute son histoire qui change, qui prend une nouvelle direction encore inconnue.
C’est sa lignée tout entière qui en est modifiée pour toujours.
C’est sa famille proche qui s’agrandit.
C’est son couple qui devient famille.
C’est son cœur qui s’enrichit de son amour de mère.
Ce sont ses tripes qui se préparent à protéger ce petit enfant.
C’est tout ce qu’elle a imaginé qui va être passé au rouleau compresseur de la réalité, de la vraie vie.

Ce sont tous ses doutes qui ressurgissent…

Et, oui, c’est aussi son bassin qui bouge et s’ouvre et c’est son bébé qui traverse un passage sinueux pour venir respirer avec nous.

Voilà pourquoi se préparer à la naissance me semble très important (d’un point de vue physique et psychique) et pourquoi s’entourer des personnes qui permettront à la mère de passer au travers de tout ce que j’ai énuméré plus haut pour donner la vie à son enfant, elle-même, est primordial.

Alors, choisissez votre doula et… que la naissance soit!

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La doula, gardienne de l’instinct maternel

Dans le cadre de la formation d’accompagnante à la naissance que j’ai suivie l’automne passé, à la suite des cours il est demandé à chacune de présenter un travail de recherche et également de faire un stage (un accompagnement supervisé par Isabelle Challut). Je n’ai pas encore pu faire de stage (étant en fin de grossesse et désormais bien occupée avec ma petite), mais j’avais présenté une synthèse de mes lectures et de tout ce que j’avais appris et compris concernant l’accompagnement et la place des doulas.Aujourd’hui, après avoir vécu mon propre accouchement et avoir vu mon accompagnante à l’œuvre, rien de majeur ne serait à changer, j’en ai simplement encore plus à dire;-)

Ainsi, je vais vous livrer par bribes le fruit cette réflexion- réflexion qui m’a permis de pouvoir mieux me définir lorsque je rencontrerai des couples à accompagner.

Pour moi, l’accompagnante à la naissance, ou doula, est la présence gardienne de l’instinct maternel. Grâce à elle, l’intuition, la confiance en soi de la future/nouvelle maman peuvent occuper la place qui leur revient et ainsi, assurer le meilleur terreau pour que les choses se déroulent pour le mieux.

Je vous livre ici la « préface » de mon travail de recherche, en vous souhaitant une bonne lecture!

 

Dans notre société dénaturée où le mental a toute la place et où le scientifiquement prouvé est gage de sécurité, de crédibilité et d’infaillibilité, peu ou pas de place est donnée à l’intuition, l’instinct, le je le sais, mais je ne sais pas pourquoi, ni comment.

À l’ère des spécialistes en tout et n’importe quoi, l’individu commence par avoir l’impression qu’il ne peut pas tout savoir (ce qui est juste), mais finit par penser qu’il ne sait rien puisqu’il n’a pas étudié tel ou tel sujet (prenons celui de la naissance, au hasard !).

Or, si l’humanité en est aujourd’hui là où elle en est, c’est bien que l’être humain a composé pendant longtemps avec le savoir empirique et en faisant confiance à son intuition.

J’ajouterai même qu’aujourd’hui avec toutes les connaissances que l’on a, notamment sur le rôle des hormones dans notre vie, on devrait justement redonner à la nature (notre chimie, dans le cas des hormones) sa juste place : celle d’un chef d’orchestre qui connaît quand même plutôt très, très bien sa partition.

Non pas que l’instinct soit « réductible » au rôle de nos hormones sur nos comportements, mais pour éviter de verser dans le discours magique, arrêtons-nous-en là pour ce présent travail.

J’ai aimé les nombreuses lectures faites ces derniers mois parce qu’elles m’ont plongée dans l’univers de la naissance physiologique. Je veux dire par là (l’expression naissance physiologique est de Michel Odent) la naissance vécue comme un événement extraordinaire et très ordinaire à la fois, un espace-temps où le mental décroche pour permettre à la nature d’occuper le terrain, son terrain – celui de la vie, pour permettre à l’unique, à l’exceptionnel d’arriver, dans toute son universalité. En effet, aucun accouchement ne se ressemble, mais la naissance a quelque chose d’universel en soi.

Que l’on se penche sur le cocktail d’hormones sécrétées pendant l’accouchement (jusqu’à l’expulsion du placenta) et l’allaitement, ou bien sur les besoins de la femme qui accouche, sur ceux du nouveau-né et du bébé, il apparaît évident que les discours ambiants et les gestes préconisés dans notre société industrialisée vont, pour la plupart, à l’encontre de ces besoins, voire empêchent des processus millénaires d’avoir lieu. Faut-il préciser que ces processus concernent la survie de l’espèce humaine ?

Et alors, c’est là qu’arrive l’accompagnante à la naissance, ou doula, et le rôle important qu’elle a à jouer, selon moi, dans ce paysage des naissances industrialisées, instrumentalisées. Je ne parlerai pas des maisons de naissances où exercent les sages-femmes au Québec, je m’en tiendrai au contexte hospitalier. De même, je suis consciente que certaines naissances (et donc des familles) profitent des avancées technologiques médicales et ne finissent pas en drame, mais je parlerai ici des grossesses dites « normales ».