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Parce qu’une doula n’a pas d’attente…

Vaste sujet car, malgré mon titre, je doute qu’une doula n’ait aucune attente (il me semble qu’elle espère au moins que ses clients aient une expérience d’accouchement/ de naissance heureuse).

Vendredi dernier, j’expliquais à des doulas avec qui je suivais une formation sur l’AVAC qu’une chose avait été très importante lors de ma propre expérience d’accouchement accompagnée d’une doula: j’avais eu le sentiment, voire même la certitude (et ça m’avait un peu déstabilisée) que mon accompagnante n’avait aucune « préférence ». Je m’explique:

Lorsque, de retour chez moi après une version externe infructueuse pour essayer de faire tourner mon bébé, je décide qu’une césarienne non programmée me stresse moins qu’un éventuel accouchement par voie basse à Ste-Justine (à 1h30 de chez moi), je le pense sincèrement. J’appelle donc ma doula pour lui expliquer que, à 37 semaines, c’est trop de « et si » pour moi que de:

-contacter Se-Justine,

– attendre un rendez-vous pour poser toutes nos questions,

– ensuite, passer une pelvimétrie et faire évaluer le poids du bébé,

-attendre le verdict (à savoir si je peux accoucher d’un bébé en siège et ne pas devoir partir en césarienne d’office),

– et enfin (je n’ai toujours pas accouché là !) décider avec mon cœur et mon conjoint si on décide de « tenter notre chance » pour un accouchement par voie basse; car, dans ce contexte, on parle bien d’un « essai de travail ou EDT » et non d’un accouchement, tout simplement.

– Tout ceci alors que mon bébé n’est pas fixé, qu’il est encore haut et donc… qu’il peut se retourner, ou basculer et rester en transverse (ce qui exclu toute possibilité d’accouchement), ou encore qu’il peut décider de relever la tête et donc d’être en moins bonne position pour que l’on accepte que je fasse un « EDT ».

– Car, de toutes façons, lorsque l’on décide un EDT pour un bébé en siège, ce n’est QUE le jour de l’accouchement que l’on va savoir si l’on peut, oui ou non « tenter » d’accoucher vaginalement; en effet, on doit passer une écho de contrôle une fois arrivée à l’hôpital en travail pour vérifier la position du bébé.
Pour en revenir à notre sujet (je sais, c’est long tout ça, mais, c’est par cela qu’il faut passer quand on est en fin de grossesse à 37 semaines et qu’on veut se donner le choix), j’explique donc tout ça à mon accompagnante et lui dis que j’ai décidé (avec mon conjoint) d’attendre que mon travail commence et de me présenter à mon hôpital régional pour une césarienne.

Sur ce, elle acquiesce et c’est tout, elle ne me pousse pas, dans ces propos, à RE réfléchir. Elle m’écoute et est tout à fait d’accord avec moi (elle me dit qu’elle est d’accord avec moi, pas avec ma décision…nuance, hein?!) que tout ça c’est beaucoup de stress, d’incertitude (surtout quand ça fait plusieurs semaines déjà que tu espères que ton bébé va tourner, que tu as été voir l’ostéopathe, l’acuponcteur, que tu as mis les pieds en l’air des heures durant chaque jour, etc. pour RIEN). Donc, je raccroche et suis calme et sereine.

Le lendemain (ça va vite, hein, pour celles qui ont été enceintes, vous voyez de quoi je parle), tout a changé:

« Je ne veux pas qu’on m’ouvre le ventre, c’est hors de question.

Et ils me font c… avec leur ESSAI de travail; Comment ça je ne pourrai qu’essayer et ne pas réussir, hein?

Je VEUX accoucher et je sais que mon corps saura quoi faire. C’est décidé, j’appelle Ste-Justine. »

J’appelle ma doula et je lui dis ce qui précède. « Très bien », me dit-elle.

….et là, je ne comprends plus, comment ça hier elle était ok pour une césarienne et aujourd’hui elle trouve ça bien un accouchement à Ste-Justine ???
A ce moment, je comprends que ce n’est pas à la doula de « dicter » quoi faire aux parents, mais bien aux parents de décider et à l’accompagnante de les suivre dans leur choix. Elle peut les informer, répondre à leurs questions, alimenter leur réflexion, mais la décision leur appartient, quelle qu’elle soit (à elle de se débrouiller pour se rendre là où ils veulent aller, en pleine tempête de neige, s’il le faut!!).

Bien sûr que ce n’est pas elle qui va accoucher, que nous sommes libres de notre choix, etc. mais, là, concrètement, j’étais fragile et n’importe qui aurait pu faire basculer la balance dans le sens qui lui convenait; j’étais un peu « perdue », mais, grâce à cette ouverture et cette confiance en moi de ma doula, j’ai pu entendre cette timide petite voix en moi qui me soufflait à l’oreille: « T’es capable d’accoucher, détends-toi, fais ce qu’il faut pour te préparer au mieux, et vas-y ! »

Et alors là, c’est à ce moment-là que j’ai pris ma décision (toujours avec mon conjoint) et que plus rien n’aurait pu me faire reculer, pas même leur bon dieu d’essai de travail à la noix (expression que je n’ai d’ailleurs jamais utilisée, sauf dans cet article, j’ai toujours dit que j’allais accoucher).

Le rendez-vous a été pris à Ste-Justine une semaine plus tard, à 38 semaines, on a même pu passer l’écho et la pelvimétrie le jour même, le lendemain, on savait après l’appel du médecin que tout était ok, que j’étais une « candidate » parfaite.

Le jour de mes 39 semaines, au rendez-vous hebdomadaire, mon conjoint et moi posons toutes nos questions pour adapter notre plan de naissance en accord avec notre médecin et en lien avec les contraintes d’un accouchement d’un bébé en siège. On était prêts !!!

Trois jours plus tard, le travail démarrait et j’accouchais de ma fille sans épidurale, sans analgésique, au bloc opératoire, mais pas dans la douleur et, surtout, entourée de tout l’amour de mon homme et ma doula !

Pour finir sur ce rôle, cette place, si subtils de la doula auprès des couples: pendant que j’accouchais, au plus fort de cette expérience, j’ai pensé « Et si on me faisait une césarienne, là, maintenant, tout de suite, ce serait bien plus rapide … »
Mais, je ne l’ai pas dit car, en fait, je ne le voulais pas, c’était juste un échappatoire mental. Mais, c’est MOI qui ne le voulais pas; pas une seule seconde je n’ai pensé « Que va dire ou penser de moi ma doula si je demande une épidurale/ une césarienne, ou quoi que ce soit d’autre? »

Tout ça parce que tout au long de nos échanges pendant ma grossesse elle avait toujours fait avec ce que JE voulais, ce que JE pensais et n’avait jamais essayé de m’influencer. En cela, je la remercie du fond du cœur, cela fait en sorte, avec d’autres éléments, que j’ai le sentiment d’avoir pleinement accouché.

Crédit dessins: http://dessintraitdunion.net/dessineraujourlejour/?p=480

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Accoucher…ou comment toucher sa plénitude

Il y a quelques semaines, j’écrivais un témoignage à mon accompagnante à la naissance, Isabelle Challut du centre Pleine lune, je vous le livre ici, en espérant que si vous êtes enceinte ou pensez l’être un jour, ceci vous inspirera.

Coucou Isabelle,

Depuis le temps que je le tourne et le retourne dans ma tête et sur papier, je savais bien qu’il finirait par sortir, alors… le voilà, mon « témoignage ». Après avoir commencé différentes versions et me perdant chaque fois dans des détails techniques qui me faisaient m’arrêter net… il m’aura fallu plusieurs longs mois pour en arriver à formuler ce en quoi accoucher a transformé ma vie. Je ne saurai jamais comment te remercier de m’avoir accompagnée tout au long de cette période si spéciale dans la vie d’une femme qui ne se compte ni en mois, ni en semaines, qui ne se compte pas, mais se conte, dans ces moments si précieux que sont les rencontres entre femmes. Ce que j’ai vécu n’aura plus jamais lieu : j’ai donné naissance à ma fille. Peut-être sera-t-elle ma fille aînée, mais, que j’aie encore mille enfants, jamais je ne revivrai la même chose, car tout a changé pour moi, je ne suis plus la même tout en étant moi-même. Accoucher est venu confirmer ce en quoi je croyais, ce que je touchais du bout des doigts pendant ma grossesse. Mon corps est mon allié, il SAIT des choses que je ne sais pas. Il a donné la vie à ma fille, née en pleine santé. Mon corps n’a pas tué cet enfant, ne nous a pas fait de mal ; bien au contraire, il nous a permis de nous rencontrer, elle et moi, et de me rencontrer moi-même dans cette matérialité physique qui est la mienne.

Enceinte, j’avais confiance qu’à l’heure dite mon utérus saurait quoi faire. Le sentir, le vivre, m’a propulsée dans une nouvelle dimension de mon être : ma tête ignore bien des choses que mon corps maîtrise et que mon cœur soupçonne et me chuchote à l’oreille. J’ai adoré accoucher, jamais je n’avais ressenti une telle intensité dans mon être, intensité qui a envahi mon esprit, je ne faisais plus qu’une, pour la première fois de ma vie. L’empreinte que ce moment (qui a duré une seconde et mille ans en même temps) a laissée en moi est à jamais présente, c’est mon phare dans la tempête et par temps calme, mon plus fidèle allié, la jonction entre l’avant et le maintenant qui je chéris chaque jour. La femme que je suis a touché à sa plénitude, son entièreté. Comme si, jusque-là, j’avais une face cachée, telle celle de la lune. Maintenant, je crois connaître tous les aspects de moi-même et ça m’apporte une confiance et une solidité que je n’avais jamais ressenties. Cette assurance nouvelle me permet d’être entièrement à l’écoute de mon intuition (féminine ou maternelle ou bien, est-ce la même ?!) ce qui m’apporte tout un panel de possible et m’ouvre à des horizons insoupçonnés. Tu as été là pendant l’événement « accouchement », la période grossesse, tu es là régulièrement auprès de moi, de nous, cette nouvelle et jeune famille. Ton écoute douce et tes conseils avisés sont sans pareil, merci à toi d’être notre accompagnante. Si tu veux un jour un récit d’accouchement d’un bébé par le siège, je te l’écrirai, mais, aujourd’hui, c’est plutôt ce qu’a fait résonner en moi le fait de mettre au monde la vie que j’avais envie de t’écrire et de partager.

Et vous, est-ce que porter un enfant, accoucher ou même adopter un enfant vous a transformée? J’aimerais bien vous lire mesdames 😉

A la prochaine

PS: la photo a été prise par une photographe, Isabelle Blais.

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Du lâcher-prise bénéfique

La notion de lâcher-prise est très importante dans la vie, mais, d’autant plus dans la période périnatale, je l’ai vécu durant différents moments de ma grossesse, de mon accouchement et même dès la naissance de ma fille. Voici un de ces moments:

Mon bébé ne tournait décidément pas, j’ai donc décidé de lâcher prise entre la 37e et la 38e semaine et ai accepté de regarder mes options en face:

– une césarienne dans mon hôpital local

– une rencontre avec un gynéco-obstétricien de l’hôpital Ste-Justine à Montréal, pour évaluer mes chances de pouvoir accoucher par voie basse.

J’ai opté, avec mon conjoint, pour une rencontre à Ste-Justine. En y allant, on se disait que ce n’était que pour prendre de l’information… en fait, conquis par l’attitude et le discours de la résidente et du médecin, on décidait le jour même de faire la pelvimétrie et l’échographie pour évaluer le poids du bébé.

Le lendemain, coup de fil de la médecin: je suis une candidate idéale pour un siège par voie basse: Youpi!!!!

Je tiens à préciser que la veille, j’avais envoyé un message à Isabelle Brabant, qui a écrit l’excellent livre « Une naissance heureuse », pour lui demander si tenter un accouchement vaginal dans mon cas était un caprice de ma part (je ne voulais pas de césarienne- surtout si autre chose était possible) et que je mettais mon bébé en danger, ou bien si j’avais raison de me diriger dans cette voie-là. Sa réponse, encourageante et déculpabilisante m’avait vraiment mis du baume au cœur et nous avait mis en bonne condition, mon chum et moi, pour la rencontre à Ste-Justine.

Comme quoi, du moment où j’ai décidé de lâcher prise et d’aller avec la situation qui se présentait (le siège) des solutions s’offraient à moi; avant ça, j’allais de déception en déception (version externe ratée, ostéo, acupuncture, etc.) et mes nerfs voulaient me lâcher!!

J’avais lu et relu un document très intéressant et instructif de la société des obstétriciens et gynécologues du Canada sur les dernières recommandations concernant les accouchements de bébés en siège.

Je vous raconterai dans un autre billet comment ce document m’a aidée pendant mon accouchement.

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Non, la césarienne n’est pas un choix au menu !

Dernièrement, j’ai eu une conversation avec plusieurs proches concernant la césarienne.

Contexte: Pour faire vite, comme mon bébé n’a pas tourné (à 34 semaines, ce n’est pas grave, je sais, merci) et que je le mentionnais sur mon Facebook personnel/ à des proches, les deux réactions majoritaires que j’ai reçues m’ont un peu exaspérée… Voici pourquoi:

– Première réaction: « Ce n’est pas grave, certains tournent à la dernière minute, t’inquiète ». Oui, mais ET SI mon bébé ne tournait pas pour une bonne raison et qu’attendre sans rien faire nous faisait prendre le risque de devoir vivre une césarienne? (oui, c’est risqué). Ce serait quand même dommage de se dire, après-coup, si j’avais su….

– Deuxième réaction: « Tu sais, la césarienne, je suis passée (ou ma voisine, ou ma femme,etc.) par là et mon enfant est en bonne santé. C’est pas grave. » Oui, mais, je souhaite le meilleur départ pour mon bébé dans la vie et la césarienne n’est pas exactement ce que je lui souhaite (ni à moi comme nouvelle maman) comme départ.

J’ai largement préféré les réactions (parfois en message privé) constructives qui me donnaient des outils, des trucs pour inciter/ favoriser le retournement du bébé. Ca, ça m’apporte quelque chose parce que, oui, plus on attend, plus c’est difficile pour bébé de tourner.

Maintenant que la mise en contexte est faite, j’aimerais juste terminer pour expliquer le titre de ce petit texte:

Non, la césarienne n’est pas une option. Oui, ça arrive, tant mieux que l’on ait ce savoir-faire pour les cas d’urgence, mais, non, ce n’est pas une option.

Quand vous prenez l’avion (Montréal-New York disons), est-ce que vous vous dites, « Au pire, j’arriverai par le toboggan d’urgence, pas grave, je serai à New York pareil. » ? Non, bien sûr ! Même si on sait qu’un accident/ une urgence peut arriver, on n’envisage pas comme une option l’atterrissage d’urgence, voire l’évacuation d’urgence à l’issue de notre voyage. Avec tous les risques que représentent ce genre de situations. Et bien, un accouchement c’est pareil.

Heureusement qu’il existe des solutions de secours, mais, elles restent circonscrites à un contexte bien précis- ce qui devrait être la même chose avec la césarienne.

Loin de moi l’intention de vouloir culpabiliser les mères qui ont eu une césarienne, c’est leur histoire. Mais, ce n’est pas l’histoire de l’humanité, ce n’est pas à banaliser pour que celles qui ont eu une césarienne ne se sentent pas différentes. Oui, ce qu’elles ont vécu est différent. Ce n’est pas mieux ni moins bien, c’est autre chose, c’est une intervention chirurgicale. Elles n’en seront pas de « mauvaises mères » pour autant ou quoique ce soit d’autre de moins… elles n’ont pas non plus à se justifier. Mais, la césarienne n’est pas un choix.

Voilà, sur ce, je vous laisse!