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Petit parallèle entre l’enfant et la femme qui accouche

Mercredi passé, lors d’un des mercredis de Pleine lune, j’assistais à une rencontre avec Joël Monzée de l’Institut du développement de l’enfant et de la famille (IDEF). La thématique « Soutenir et accompagner nos enfants au quotidien » avait de quoi m’intéresser…jeune maman, je me pose mille et une questions et suis à l’affût, non pas de recettes toutes faites (quoique, des fois oui!), mais bien d’information, de connaissances pour mieux comprendre et ainsi pouvoir prendre des décisions, guider ma fille et…négocier avec mon conjoint ;-).

BebTOmbeDans les notes que j’ai prises durant cette riche matinée, je retiens que l’enfant a deux besoins fondamentaux qui sont: le besoin d’être en lien et le besoin de se réaliser (c’est-à-dire le besoin de se séparer)…ça pourrait paraître contradictoire, mais, dans la pratique c’est déjà ce que j’observe chez ma fille: elle a besoin de nous pour tout un tas de choses tout en ayant besoin de faire ses propres expériences par elle-même. Et je suis intimement convaincue que si elle doutait de notre disponibilité, de la confiance que l’on a en elle, elle serait moins assurée, plus timide à s’essayer, à tenter de nouvelles choses, de peur de tomber et de n’avoir personne pour la rattraper, la consoler, la rassurer.

Et bien, la femme qui accouche a, me semble-t-il, ces mêmes besoins fondamentaux: elle a besoin de se sentir en lien, de ne pas se sentir seule ni abandonnée afin de pouvoir accoucher par elle-même, selon ce que son instinct, son intuition lui dictent comme position/respiration, sensation, etc. Tout le défi pour l’entourage d’une femme en travail, c’est bien d’être là, confiant, tout en la laissant faire, tout en lui laissant la possibilité d’accoucher. On le dit, j’en ai parlé dans ma recherche, la femme qui accouche a besoin de se sentir en sécurité pour libérer les hormones nécessaires à l’accouchement. Or, pour se sentir en sécurité, rien de tel qu’une personne aimante et qui a confiance en les capacités de la mère à mettre au monde son enfant. Cette personne peut être le conjoint, mais peut aussi être une femme qu’elle connaît et qui la connaît, qui a elle-même accouché et pourra être son piller/ son phare pendant les moments les plus intenses où la confiance peut flancher, la peur peut surgir, etc.

Sculpture de Christian Borsotti

Sculpture de Christian Borsotti

Ainsi, ce lien est nécessaire à la parturiente tout autant que le besoin de celle-ci d’être libre. Libre de ses mouvements, libre de respirer comme elle le sent, de boire/manger, libre de parler, chanter, crier, mugir, vibrer, transpirer, rire, etc. Libre pour réaliser ce que personne d’autre ne peut mieux faire qu’elle dans ce moment de sa vie de femme: celui où elle va devenir la mère du bébé qui arrive. En mettant au monde son bébé, en donnant la vie, la femme qui accouche s’enrichit d’une expérience, d’une compétence que personne ne pourra lui reprendre. Elle continue d’ajouter à son panel déjà riche de savoirs, savoirs-être et savoirs-faire une expérience nouvelle et unique qui ne pourra que la conforter dans son instinct: elle a pu porter et mettre au monde son enfant, elle le connaît mieux que quiconque et a toutes les « compétences » pour prendre soin de lui et l’élever.

Ainsi, assurons à nos enfants une relation saine qui leur permettra de s’envoler confiants qu’on est là pour eux en cas de besoin,de la même façon qu’il est de notre devoir, en tant que société, d’entourer nos futures mamans d’assez de confiance en leur capacité de mettre au monde leur enfant pour qu’elles puissent le faire comme elles le sentent, comme elles savent si bien le faire depuis la nuit des temps.

PS: Joël Monzée offre un atelier d’une journée « Soutenir le développement de nos enfants » qui risque bien d’être fort instructif !

sculpture: http://www.artabus.com/borsotti/accouchement

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La doula, gardienne de l’instinct maternel

Dans le cadre de la formation d’accompagnante à la naissance que j’ai suivie l’automne passé, à la suite des cours il est demandé à chacune de présenter un travail de recherche et également de faire un stage (un accompagnement supervisé par Isabelle Challut). Je n’ai pas encore pu faire de stage (étant en fin de grossesse et désormais bien occupée avec ma petite), mais j’avais présenté une synthèse de mes lectures et de tout ce que j’avais appris et compris concernant l’accompagnement et la place des doulas.Aujourd’hui, après avoir vécu mon propre accouchement et avoir vu mon accompagnante à l’œuvre, rien de majeur ne serait à changer, j’en ai simplement encore plus à dire;-)

Ainsi, je vais vous livrer par bribes le fruit cette réflexion- réflexion qui m’a permis de pouvoir mieux me définir lorsque je rencontrerai des couples à accompagner.

Pour moi, l’accompagnante à la naissance, ou doula, est la présence gardienne de l’instinct maternel. Grâce à elle, l’intuition, la confiance en soi de la future/nouvelle maman peuvent occuper la place qui leur revient et ainsi, assurer le meilleur terreau pour que les choses se déroulent pour le mieux.

Je vous livre ici la « préface » de mon travail de recherche, en vous souhaitant une bonne lecture!

 

Dans notre société dénaturée où le mental a toute la place et où le scientifiquement prouvé est gage de sécurité, de crédibilité et d’infaillibilité, peu ou pas de place est donnée à l’intuition, l’instinct, le je le sais, mais je ne sais pas pourquoi, ni comment.

À l’ère des spécialistes en tout et n’importe quoi, l’individu commence par avoir l’impression qu’il ne peut pas tout savoir (ce qui est juste), mais finit par penser qu’il ne sait rien puisqu’il n’a pas étudié tel ou tel sujet (prenons celui de la naissance, au hasard !).

Or, si l’humanité en est aujourd’hui là où elle en est, c’est bien que l’être humain a composé pendant longtemps avec le savoir empirique et en faisant confiance à son intuition.

J’ajouterai même qu’aujourd’hui avec toutes les connaissances que l’on a, notamment sur le rôle des hormones dans notre vie, on devrait justement redonner à la nature (notre chimie, dans le cas des hormones) sa juste place : celle d’un chef d’orchestre qui connaît quand même plutôt très, très bien sa partition.

Non pas que l’instinct soit « réductible » au rôle de nos hormones sur nos comportements, mais pour éviter de verser dans le discours magique, arrêtons-nous-en là pour ce présent travail.

J’ai aimé les nombreuses lectures faites ces derniers mois parce qu’elles m’ont plongée dans l’univers de la naissance physiologique. Je veux dire par là (l’expression naissance physiologique est de Michel Odent) la naissance vécue comme un événement extraordinaire et très ordinaire à la fois, un espace-temps où le mental décroche pour permettre à la nature d’occuper le terrain, son terrain – celui de la vie, pour permettre à l’unique, à l’exceptionnel d’arriver, dans toute son universalité. En effet, aucun accouchement ne se ressemble, mais la naissance a quelque chose d’universel en soi.

Que l’on se penche sur le cocktail d’hormones sécrétées pendant l’accouchement (jusqu’à l’expulsion du placenta) et l’allaitement, ou bien sur les besoins de la femme qui accouche, sur ceux du nouveau-né et du bébé, il apparaît évident que les discours ambiants et les gestes préconisés dans notre société industrialisée vont, pour la plupart, à l’encontre de ces besoins, voire empêchent des processus millénaires d’avoir lieu. Faut-il préciser que ces processus concernent la survie de l’espèce humaine ?

Et alors, c’est là qu’arrive l’accompagnante à la naissance, ou doula, et le rôle important qu’elle a à jouer, selon moi, dans ce paysage des naissances industrialisées, instrumentalisées. Je ne parlerai pas des maisons de naissances où exercent les sages-femmes au Québec, je m’en tiendrai au contexte hospitalier. De même, je suis consciente que certaines naissances (et donc des familles) profitent des avancées technologiques médicales et ne finissent pas en drame, mais je parlerai ici des grossesses dites « normales ».